L’INTERVENTION EN LIBYE : ENTRE SECOURS ET INTÉRÊTS ÉTATIQUES

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AFP/Nicolas Nelson Richard

En 2010, une vague de mouvements contre les dictatures dans les pays arabes s’est produite premièrement en Tunisie et puis en Égypte, en Bahreïn, au Yémen, et enfin en Syrie. On parle de « Printemps Arabe ». On constate aussi un mouvement contre la dictature en Libye. Après 42 ans de dictature sous Kadhafi, les Libyens ont finalement manifesté contre celui-ci, qui avait pris le pouvoir après un coup d’État. En peu de temps, ce mouvement en Libye a conduit à une guerre civile. L’ONU et l’OTAN sont intervenues directement pour protéger les civils. Par rapport à cette intervention humanitaire, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon a suggéré que la responsabilité de protéger (R2P) était de mise (Hehir 2013b). Est-ce que le but était de protéger les civils comme Ban Ki-moon l’avait annoncé ou y avait-il des intérêts de grands pouvoirs de l’ONU ? Par ailleurs, est-ce qu’il est possible que R2P et les intérêts de grands pouvoirs coexistent et tout en étant en conformité avec l’un et l’autre ?

Dans cet article, nous parlerons des raisons qui poussent l’ONU à intervenir dans un conflit et examinerons ainsi l’évolution de l’intervention en Libye en nous focalisant aussi sur le processus de la prise de décision. Ensuite, nous allons voir comment marche le nouveau concept de responsabilité de protéger. Puis nous discuterons du vrai but de l’intervention et nous aborderons la moralité de celle-ci. Enfin, nous analyserons quelques critiques de l’intervention pour finalement tirer un bilan de l’intervention.

                                                Le Processus de l’intervention en Libye

Kadhafi a utilisé la force sur ses propres citoyens qui s’étaient révoltés contre lui. L’État est le seul organe légitime qui a le monopole d’user de la force. Néanmoins, l’État est obligé de protéger ses propres citoyens. On ne peut pas parler d’un vrai État en Libye, car les institutions étaient dysfonctionnelles et le fait que Kadhafi avait pris le pouvoir après un coup affaiblit sa légitimité devant le peuple. Ainsi, le peuple n’avait pas consenti à son mandat. Ce mouvement contre la dictature est tout de suite devenu une guerre civile. Le 26 février 2011, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 1970 et a condamné le régime de Kadhafi pour ses actes en prenant des mesures de sanctions en Libye (Keating 2013, 174). Malheureusement, cette résolution n’a pas changé le comportement du régime contre les civils. Kadhafi ne voulait pas parvenir à un cessez-le-feu comme l’exigeait la résolution. Il n’a pas cessé d’essayer d’oppresser les rebelles. Les forces de Kadhafi étaient arrivées à Benghazi. Kadhafi avait annoncé qu’ils n’allaient avoir aucune pitié, et il avait incité ses sympathisants à attaquer les rebelles en disant « Sortez nettoyer la ville de Benghazi » (Hehir 2013b ; Pattison 2011). De plus, le 16 mars, son fils avait aussi déclaré que tout serait fini dans 48 heures (Kuperman 2013). Ces discours ont été perçus comme une menace concrète d’un possible massacre de ses propres citoyens à Benghazi, une ville de 700,000 habitants. Le 17 mars, le Conseil de Sécurité (CS) a adopté la résolution 1973 qui a autorisé toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils sauf l’autorisation d’une force d’occupation en Libye (Binder 2015). Le CS a aussi autorisé l’OTAN à établir une zone d’exclusion aérienne pour protéger les civils des attaques aériennes de Kadhafi (Western ; Goldstein 2011). Face à la menace du dictateur, les acteurs internationaux ont agi assez vite au nom de la responsabilité de protéger pour éviter un fiasco. Le 19 mars, l’OTAN a commencé à bombarder les forces menaçantes de Kadhafi et si l’OTAN n’était pas intervenue en temps, ça pourrait être trop tard pour empêcher un massacre à Benghazi (Kuperman 2013a). L’intervention a été une réussite et était le premier exemple de mise en place de R2P. Ban Ki-moon avait annoncé que la résolution 1973 nous montre clairement la détermination de la communauté internationale de saisir la R2P le peuple de la violence de leur propre gouvernement (Hehir 2013b).

                                                     Quand l’ONU Intervient-elle ?

Lorsqu’il s’agit de répondre aux crises humanitaires, on reconnait bien que le Conseil de Sécurité est assez sélectif et il agit de façon différente. Il existe des études pour mieux comprendre la réaction de l’ONU face aux conflits humanitaires. Cependant, ce n’est pas possible de définir concrètement quand l’ONU passe à l’action ou s’abstient. Selon la littérature existante, on ne peut pas catégoriser des critères pour une intervention humanitaire. Néanmoins, on peut parler des causes qui influencent l’ONU à prendre en considération une intervention. Par exemple, selon Gilligan et Stedman, l’ONU a tendance à intervenir dans les conflits avec le taux de morts élevé, et il a moins tendance à intervenir si l’État concerné possède une grande armée (Gilligan ; Stedman 2003). D’un autre côté, Fortna trouve que les Casques bleus sont envoyés pour les cas difficiles, mais l’ONU évite d’intervenir dans les États militairement fort (Fortna 2004). D’ailleurs, Mullenbach (2005) suggère que l’ONU n’intervient pas si l’État concerné est un État fort et s’il a des alliés forts dans la région. Ceci dit, il faut ajouter que nous ne pouvons pas mesurer la possibilité d’une intervention humanitaire par l’ONU puis qu’il s’agit aussi des intérêts de grandes puissances, c’est-à-dire les membres permanents du Conseil de sécurité. Ces membres utilisent leur droit de veto quand l’opération humanitaire ne convient pas à leurs propres intérêts. Par exemple, le droit de veto a été utilisé 244 fois seulement entre 1946 et 1995. Ce nombre est significateur que si une proposition est contre l’intérêt d’un membre permanent, il oppose son veto. Ainsi, les décisions dépendent de celles de ces pays. Malgré la littérature, on ne peut jamais être sur quand l’ONU intervient puisque les décisions sont souvent influencées par les intérêts des cinq membres ayant le droit de veto. Selon l’approche réaliste, les États agissent de façon rationnelle, pas responsable; car ils sont motivés par leur sécurité, le pouvoir, leurs propres intérêts plutôt que protéger tout le monde dans le monde (Hehir 2013a, 16). Cette approche nous montre que la responsabilité morale comme une nouvelle norme qui a été le sujet en Sommet mondial en 2005 n’est pas soi-même suffisante pour une intervention humanitaire (Hehir 2013b).

                                Une Intervention Décidée Unilatéralement par l’Ouest?

L’intervention en Libye n’était pas seulement une décision prise par l’Ouest. Autrement dit, ce n’était pas seulement l’ONU qui a voulu prendre une action. Les leaders africains pensaient que Kadhafi était égocentrique et offensif. Par exemple, l’Union africaine tentait une transition à la démocratie en Libye (Murray 2013b, 59). La Ligue arabe aussi demandait une intervention en Libye. De plus, les médias internationaux sensibilisaient à la violence de Kadhafi. Du côté rationaliste, la pression des médias est importante puisqu’elle évoque la peur des ravages causés à sa réputation par inaction (Binder 2015). Du côté constructiviste, l’inaction d’une organisation internationale peut créer un sentiment de culpabilité dans l’organisation. La persistance internationale médiatique sur la guerre civile en a mondialement sensibilisé les individus.

Par ailleurs, comme Kadhafi était un dictateur, sa politique dans la région était rigide aussi. La politique de Kadhafi s’opposait à l’ouest et surtout aux États-Unis (Cheikh 2013). Il luttait contre la présence de l’ouest en Afrique. Néanmoins, il avait fait beaucoup d’investissements dans le continent et ces investissements peuvent être interprétés comme une tentative d’une politique coloniale ou impériale (Cheikh 2013). Apparemment le comportement de Kadhafi troublait les pays en Afrique vu que ceux-ci comme l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Gabon ont voté pour la Résolution 1970 aussi (Reinold 2013, 100). L’organisation de Coopération Islamique et le Conseil de Coopération du Golfe ont aussi soutenu l’ONU. Ainsi, ce n’était pas une intervention unilatérale. Au contraire, elle était une opération multilatérale. Ceci ne laisse pas beaucoup de place pour les théories du complot des puissances de l’Ouest. Néanmoins, ça ne veut pas dire qu’elles n’ont pas non plus d’intérêt. Il est préférable de considérer que même s’il y avait des intérêts de grandes puissances, il y avait aussi des intérêts des pays d’Afrique, et aussi des intérêts des citoyens libyens parce qu’ils ne soumettaient pas à Kadhafi et leurs vies étaient en danger à cause de leur chef d’État illégitime qui exerce une violence qui use de la force sur ses propres citoyens. Dans son discours, Barack Obama a annoncé que Kadhafi avait perdu sa légitimité de diriger le pays et il doit se reculer du pouvoir. De plus, il a suggéré que les États-Unis ont des intérêts stratégiques d’empêcher Kadhafi d’envahir les opposants (Keating 2013). Comme Obama l’avait dit, les intérêts étaient engagés dans cette intervention, mais il ne s’agit pas seulement des intérêts des États-Unis ou la France, mais aussi ceux des citoyens libyens. Ici, chacun gagne, la seule personne qui perd est le président libyen. Les gagnants sont aussi des autres citoyens qui subissent aux dictateurs, car ce qui s’est passé en Libye se voit exemplaire pour les autres dictatures dans le sens où ça pourrait être leur fin intimidante. Par conséquent, ceci clairement nous montre que la responsabilité de protéger peut être en conformité avec les intérêts de grandes puissances et peut conduire au bien des civils face au massacre.

                                                               L’évolution de R2P 

Les interventions humanitaires ne contenaient pas d’opérations militaires. Elles se basaient plutôt sur le maintien de la paix sans utiliser la force. Les Casques bleus n’avaient le droit d’utiliser la force que pour les cas d’autodéfense. Après la Guerre Froide, les interventions humanitaires sont liées plus ou moins à la responsabilité de protéger et cette mission implique la plupart du temps l’utilisation de la force militaire comme dans le cas du Kosovo. Les gouvernements sont responsables de protéger ses citoyens et quand ils échouent, c’est l’ONU qui est responsable de protéger les individus de la violence, des crimes contre l’humanité, etc. (Hehir 2013b). Ce principe de l’ONU qui s’est développé après les années 1990 est clairement associé à une nouvelle norme morale qui légitime mieux ses interventions. La R2P s’applique surtout au génocide. Le point tournant était en 1995 quand l’ONU a autorisé l’OTAN à diriger les attaques aériennes sur le Kosovo suite à l’exécution des 7,000 prisonniers par l’Armée de la République Serbe de Bosnie (Western et Goldstein 2011). Même si c’était un peu tard, cette intervention de l’ONU a empêché un massacre. Ainsi, on constate la première réussite et mise en scène de la R2P en Kosovo. La Libye aussi était une réussite nette de la R2P dans le sens où l’ONU est intervenue en temps et empêché un massacre que Kadhafi avait promis. Ces réussites nous ont donné l’espoir que le futur de la R2P serait désormais comme ça, car l’ONU avait montré une grande sensibilité pour la situation en Libye. L’intervention humanitaire en Libye avec l’OTAN avait montré que le monde a commencé à se tenir à la protection des civils (Western et Goldstein 2011). Pourtant, il s’agit d’un faux espoir. Par exemple, on a vu que si les membres permanents n’ont pas des intérêts communs, peu importe le taux des morts, une intervention contre les crimes de guerre ou dans une guerre civile n’est pas réalisable. Si la responsabilité de protéger n’apporte pas des avantages pour les cinq membres permanents, ils opposent leur veto à une résolution proposée et bloquent une intervention humanitaire comme on l’avait vu pour le cas de la Syrie. À cause de la Russie et la Chine, la R2P ne pourrait pas s’appliquer à la guerre civile en Syrie qui ne cesse de créer nombreux réfugiés qui essayent de rester en vie en échappant à leur pays.

                           Renversement de Kadhafi ou Responsabilité de Protéger ?

Nguirane Cheikh suggère que l’objectif de la Résolution 1973 était simplement protéger les civils en fournissant une zone d’exclusion aérienne et l’usage de la force n’était pas autorisée si Kadhafi acceptait le cessez-le-feu (Cheikh 2013). Au début, l’OTAN a commencé à bombarder les forces de Kadhafi qui présentaient une menace claire aux civils. Suite aux bombardements, les forces de Kadhafi ont reculé. La mission primaire de protéger les civils était bien accomplie. L’opération n’a pas permis à Kadhafi de commettre un massacre et elle a sauvé beaucoup de vies des civils en Benghazi (Western et Goldstein 2011). Après quelques semaines, le 19 mars, Kadhafi a accepté le cessez-le-feu proposé par l’Union Africaine et malgré cela, les rebelles et l’Ouest ont refusé cette offre (Miti 2012). Le but des interventions humanitaires était de mettre fin au conflit et de promouvoir la paix. Pourtant, l’ONU a choisi de supporter les rebelles contre le régime de Kadhafi, elle les a poussé à continuer à lutter en leur fournissant des armes jusqu’à ce que Kadhafi soit renversé (Kuperman 2013a). Codersman (2011) propose que la vraie intention ne fût pas de mettre les civils à l’écart du danger, mais elle était d’écarter Kadhafi. Si le but n’était que la R2P, l’ONU tenterait le cessez-le-feu. Cela nous montre que le renversement de Kadhafi était aussi le but de l’intervention. Autrement dit, l’intérêt commun des pays était de se débarrasser de Kadhafi. Nous voyons que l’OTAN n’a pas arrêté de bombarder les forces de Kadhafi même si elles avaient commencé à se reculer (Kuperman 2013a). Cela veut dire que bombarder des forces qui n’étaient pas une menace aux civils n’était pas ce que nécessitait pour la R2P sauf si l’objectif n’était pas celle-ci. L’ONU aurait pu arrêter le conflit et établir la paix par un cessez-le-feu entre les rebelles et Kadhafi alors qu’elle supportait que les rebelles continuassent à lutter contre Kadhafi même s’il s’agissait beaucoup plus de pertes des vies des rebelles. Selon une analyse, si l’OTAN n’était pas intervenue en Libye, il y aurait environ dix fois moins de pertes de vies (Kuperman 2013b, 206). Cela veut dire que l’intervention a augmenté le nombre de morts alors que le but de l’intervention était de protéger et sauver les Libyens. Nous ne pouvons pas accuser l’ONU d’avoir l’intention de renverser Kadhafi dès le début, mais nous voyons un changement de l’intention après l’intervention, car l’ONU ne voulait accepter aucun accord qui n’exigeait pas le renversement de Kadhafi. Ainsi, nous voyons que le but était la R2P qui est devenue plus tard le renversement de Kadhafi. Le fait que l’OTAN et les forces Arabes fournissaient des armes et l’assistance technologique à la résistance libyenne dirigée par l’OTAN et l’ONU nous montre que le but était aussi renverser le président libyen (Cheikh 2013; Kuperman 2013a).

                                                        La Moralité de l’intervention

La moralité de l’intervention en Libye est remise en question. Certains suggèrent que cette intervention manque de moralité parce que l’ONU a échoué à répondre aux autres crises humanitaires, mais elle a décidé d’agir pour la Libye. Ce genre des critiques est problématique parce qu’elle ne remet pas en question l’intervention en Libye, mais la sélectivité de l’ONU face aux conflits. Nous pouvons supposer que pour pouvoir mettre en question l’éthique, il faut que nous considérions la légitimité de l’opération. Par exemple, nous devrons voir s’il y avait une cause juste pour intervenir comme un nettoyage ethnique et le nombre élevé de morts dans un conflit. Certains suggèrent que Kadhafi n’exerçait pas une violence excessive à ce moment, donc selon eux, il n’y avait pas une cause juste tels qu’un massacre ou un nettoyage ethnique. Néanmoins, autant que nous sachions, Kadhafi avait montré sa volonté de commettre un massacre à Benghazi quand il a demandé ses sympathisants à nettoyer Benghazi des rebelles (Pattison 2011). C’était clairement une demande d’effectuer un massacre. Si l’ONU n’avait pas agi en temps, ce qui s’est passé à Kosovo pourrait se produire. Au niveau de la légalité, l’article 42 de charte de l’ONU est important, car il donne l’autorisation au CS d’agir pour maintenir ou rétablir la paix et sécurité internationale sans l’accord de l’État concerné. Le CS a décidé que la situation en Libye était une menace à la sécurité et la paix internationale. Donc, il a autorisé l’intervention légitime en Libye avec la Résolution 1973. C’est-à-dire que dans le cadre de la notion de l’éthique et légalité, il ne nous reste pas grand-chose à critiquer. De plus, la Libye a échoué de poursuivre sa R2P ses propres citoyens. À la suite de cet échec du dictateur libyen, le CS a agi de façon responsable pour protéger les Libyens (Hehir 2013b).

En outre, l’appui des individus et de la communauté internationale était des signes que l’intervention était à la hauteur de leurs attentes. Par ailleurs, il n’y avait pas d’autres solutions pour empêcher le massacre dont Kadhafi a parlé. Rappelons que l’ONU avait réagi après un massacre d’environ 7,000 personnes. Au niveau de la R2P, l’intervention avait sa cause juste et elle a évité un massacre éventuel. C’est clair que nous ne pouvons pas discréditer la légitimité de l’ONU parce qu’elle a protégé les civils, la seule chose sur laquelle nous pouvons baser nos critiques est que l’ONU ne réagit pas aux autres crises humanitaires telles que la guerre civile en Syrie, Yémen ou Behraïn de manière qu’elle avait réagi dans le cas de Libye. Nous refusons cette sorte des critiques, car il nous semble qu’elles ne soient pas valables comme une critique dans le cas de la Libye puisqu’elle s’agit de l’inaction de l’ONU dans d’autres conflits mortels. L’ONU a répondu exactement comme il le fallait pour protéger les civils. Par rapport à de telles critiques, nous nous positionnons en faveur de Pattison comme il avait dit que cette objection montre que l’intervention en Libye n’est pas problématique moralement, mais l’échec de réagir de même façon aux conflits similaires est conflictuel (Pattison 2011). Il vaut mieux contester les cas de l’inaction plutôt que de questionner l’action de la communauté internationale à cause de leurs intérêts ne sert à rien parce que sauver quelques vies est toujours mieux que de ne sauver personne.

Une autre critique vient du président de la commission de l’Union Africaine. L’UA avait proposé un cessez-le-feu plusieurs fois, mais son offre, selon Jean Ping, a été déclinée par l’OTAN et le Conseil National de Transition parce qu’elle n’appelait pas Kadhafi à démissionner (Cheikh 2013). Il a indiqué que les efforts de l’UA pour gérer la situation en Libye ont été discrédités pendant la prise de décision du cessez-le-feu. Le discours de Will Ross explique clairement pourquoi l’UA était discréditée par l’ONU et l’OTAN. Dans une entrevue avec la BBC, il a dit que l’UA n’est pas bonne pour résoudre des conflits et elle est connue comme une organisation qui sert aux intérêts des présidents du continent plutôt que leurs peuples (Murray 2013b). Ainsi, toute intervention ne contenant pas le recul de Kadhafi était considérée comme une tentative de sauver le président.

Normalement, l’intervention militaire est la dernière solution et l’ONU recourt à une intervention militaire après avoir essayé d’autres moyens. Néanmoins la courte durée entre l’adoption de la Résolution 1973 et le départ du bombardement des forces kadhafiennes par l’OTAN a causé une suspicion parmi les individus (Keating 2013, 175). Ça a soulevé un problème au niveau du but de l’intervention. Certains critiques demandent pourquoi l’OTAN a bombardé les forces du régime tout de suite si l’objectif était de protéger les civils. Par exemple, selon Kuperman, l’intervention n’a pas respecté les règles de la Résolution 1973, car même s’il y avait des images de l’utilisation de force brutale, il n’y avait pas de preuves d’une violence génocidaire malgré des portables qui recordaient tout (Cheikh 2013, 157). Par ailleurs, selon Human Rights Watch et Amnesty International, il n’y avait pas d’indication de la violence systématique des droits de l’Homme (Cheikh 2013, 157). Kuperman propose que l’image créée par le média international que Kadhafi attaquait les protestataires pacifiques est fausse, car selon lui, le régime de Kadhafi répondait aux protestataires violents (Kuperman 2013b). Cela tente de dire qu’il manquait de cause juste. Pourtant, c’est juste qu’il n’y avait pas de preuves de massacre puisque l’intervention n’était pas en retard. Encore une fois, le discours de Kadhafi et de son fils montrait clairement qu’ils étaient prêts pour commettre un massacre. Dans son discours portant sur l’intervention, Barack Obama a dit qu’il a refusé d’attendre de voir les images du massacre pour intervenir. Ce que Obama dit montre que lorsqu’un État ne poursuit pas la responsabilité de protéger et montre qu’il n’a aucune intention de la poursuivre, c’est la responsabilité de la communauté internationale de protéger les civils.        

                                                                        Conclusion

Pour résumer, par rapport aux intérêts des États, il n’est pas possible d’obtenir une information parfaite, car les États n’agissent pas seulement de façon rationnelle, mais aussi de façon irrationnelle dans le sens qu’ils peuvent mener une action qui contredit une autre action menée auparavant. En nous basant sur cette notion, nous devrons éviter de penser que le futur de la responsabilité de protéger sera exactement comme celle en Libye. Nous devrons plutôt penser que l’intervention en Libye ce n’était pas de routine. Il y avait plusieurs facteurs pour l’intervention tels que l’importance géostratégique de la Libye, la disposition du pays, la réputation violente de Kadhafi et sa déclaration de l’intention d’un massacre et ainsi de suite (Hehir 2013b). Par conséquent, en analysant une intervention humanitaire, nous ne pouvons pas nous baser seulement sur le constructivisme, selon lequel la protection des civils devait être l’intérêt des États. Ayant vu que ce n’est pas le cas avec le Soudan, Congo, ou ailleurs, pour mieux évaluer les actions des États, on ne peut pas se limiter à une approche, mais il faut garder en tête des approches variées telles que le constructivisme, réalisme, libéralisme, etc. Le cas de la Libye prouve que les États ne sont pas des acteurs moraux et que la doctrine se basant sur les droits de l’Homme et leur sécurité ne peut probablement pas marcher s’il ne s’agit pas aussi des avantages pour les pays qui interviennent (Hehir 2013a). En même temps, l’intervention en Libye reflète bien que le monde peut se tenir à protéger les civils dans les conflits sévères si les acteurs coopèrent ensemble. Au contraire, l’inaction pour la guerre civile en Syrie nous montre que l’intervention dans les crises humanitaires est toujours déterminée par les intérêts (Hehir 2013b). Ainsi, nous avons à travers cet article bien répondu à nos objectifs de recherche, l’intervention humanitaire peut être réalisée de façon rationnelle. Suite au renversement de Kadhafi, l’OTAN a annoncé que l’intervention avait été réussie (Murray 2013a, 226). Cela nous montre que l’intervention a commencé à la base d’une intervention humanitaire et a évolué dans le but de renverser Kadhafi.

                                                                     La Bibliographie

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